Premiers jours dans l'île d'Oléron. Je débarque à Boyard ville la veille. C'était un dimanche soir déprimant, il faisait gris. Trois semaines plus tôt, je répondais à une annonce sur Internet : "L'hôtel restaurant des Bains recherche un plongeur pour juillet-août." J'ai postulé, j'ai rencontré le patron, voilà, c'était fait. Logé, nourri, blanchi et payé plus du smic. Impossible de refuser. Je traîne donc mes valises, le chef m'ouvre la porte de la chambre et là, c'est la douche froide. La chambre était très triste. Moi qui m'attendais à une chambre d'hôtel confortable, je me retrouve dans un trou à rat avec un lavabo, un placard et un lit en guise de meuble. Il n'y avait pas la moindre brique de carrelage, des murs décrépis blancs sans la moindre décoration. C'était une cellule de prisonnier russe sous Staline. Première nuit passée à déprimer sévèrement. Alors j'ai lu pour oublier. J'ai lu, j'ai lu beaucoup. "La symphonie pastorale" de Gide, "Le choix de Sophie 1 et 2" de William Styron, "Le vieil homme et la mer" d'Ernest Hémingway, "La chute" et "L'étranger" de Camus et bien d'autres. Je fais la connaissance le lendemain matin de mes collègues en cuisine. Je ne m'étais pas trompé quant à l'image que je m'étais faite du cuisinier : un beauf, un bon gros beauf. Seul le chef se détachait du lot de ces esprits vides. J'aurais l'occasion de vous en reparler. Les premiers jours ont été difficiles, je m'organise mal et perds du temps. Du coup je suis crevé et je débauche tard. Une heure du matin pour rembaucher à huit heures le lendemain, sans compter les nuits blanches d'insomnie. Dix heures de travail quotidient...
